La répression de la police sur plus de 1000 manifestants rassemblés à Lagos, la capitale économique du Nigéria, a fait plusieurs morts, selon Amnesty International, et de nombreux blessés par balles, selon les témoignages recueillis sur place par l’AFP.

De nombreux blessés ont été emmenés dans plusieurs hôpitaux privés de la ville qui avaient ouvert leurs portes aux manifestants.

«J’ai deux personnes avec moi dans ma voiture, une femme et un homme, dans un état critique» , a déclaré à l’AFP Innocent A., l’un des participants à la manifestation. «J’ai déjà déposé deux personnes à l’hôpital Lagoon (à Ikoyi), l’une a reçu une balle dans le dos et l’autre au ventre» , a-t-il expliqué. «Ce sont les quatre personnes dont j’ai pu m’occuper, le reste je ne sais pas.

Plus de 1000 manifestants rassemblés pacifiquement sur un péage à Lagos, la capitale économique du Nigéria, ont été dispersés mardi soir par de «nombreuses» fusillades, après l’entrée en vigueur d’un couvre-feu total pour tenter d’éteindre un mouvement populaire qui continue de s’étendre. à travers le pays.

«Asseyez-vous paisiblement»

«Tout le monde a crié et des hommes sont venus et ont commencé à tirer et tout le monde a couru pour sauver sa vie» , rapporte-t-elle à l’AFP.

De nombreuses personnes sont apparues blessées dans des vidéos postées sur les réseaux sociaux par des manifestants qui ont enregistré plus de 100 000 «vues» en direct. Un homme saignait car de nombreux autres manifestants ne semblaient pas vouloir quitter les lieux sillonnés par les patrouilles de police et les forces de sécurité, selon ces images et témoignages recueillis sur place.

À 16 heures, lorsque le couvre-feu est officiellement entré en vigueur à Lagos, un millier de manifestants se sont assis au péage de Lekki qu’ils occupent depuis plus d’une semaine, agitant des drapeaux pour signifier leur «non-violence. «.

«Nous ne resterons plus silencieux»

« Êtes-vous inquiet? Non! Nous mourrons ici! a scandé une foule enthousiaste, selon les journalistes de l’AFP sur place. «Nous avons survécu au verrouillage, nous survivrons au couvre-feu» ,

«Nous ne resterons plus silencieux» ou «La jeunesse construit le Nigéria» , pourrait-on lire sur leurs pancartes.

Protestations contre le pouvoir

Les protestations des jeunes contre la violence policière se sont étendues aux manifestations contre le pouvoir et pendant douze jours, des milliers de jeunes Nigérians ont foulé les rues des grandes villes du Nigéria, le pays le plus peuplé d’Afrique et la première puissance économique du pays. continent.

Au moins 18 personnes, dont deux policiers, sont mortes dans les marches qui, jusqu’à récemment, avaient été en grande partie pacifiques.

L’inspecteur général de la police a ordonné mardi après-midi le déploiement immédiat d’une unité de police anti-émeute à travers le pays «afin de protéger les Nigérians et leurs biens, et de sécuriser les infrastructures nationales essentielles» .

Plus tôt dans la matinée, des jeunes très en colère avaient pris le contrôle de presque toutes les routes de la capitale économique. Dans l’ouest de la ville, un poste de police a été incendié, des coups de feu ont été tirés et plusieurs personnes ont été abattues et blessées, ont indiqué des témoins à l’AFP.

«Les manifestations pacifiques ont dégénéré en un monstre», a déclaré le gouverneur de l’État Babajide Sanwo-Olu sur Twitter avant l’annonce du couvre-feu complet. «Des criminels et des scélérats se cachent désormais sous l’égide de cette manifestation pour semer le chaos» , a-t-il dénoncé.

De graves affrontements ont également éclaté dans la capitale Abuja, où des dizaines de véhicules et de bâtiments ont été incendiés, et où la police a été déployée, selon un journaliste de l’AFP.

Dans le nord du pays, à Kano, des troubles ont également éclaté mardi. Des centaines de jeunes ont pris d’assaut les rues et certains ont incendié des voitures et des commerces, selon un journaliste de l’AFP.

Une mobilisation sans précédent au Nigeria

Née début octobre sur les réseaux sociaux pour dénoncer les violences policières, la mobilisation s’est progressivement transformée en mouvement contre le pouvoir en place et la mauvaise gouvernance.

Le président Muhammadu Buhari, qui a annoncé plus tôt la semaine dernière le démantèlement d’une unité de police controversée et promis une réforme de la police, n’a pas pris la parole depuis.

Outre une meilleure représentation des jeunes sur la scène politique, les manifestants ont réclamé dans les processions des augmentations de salaire et plus d’emplois.

Première puissance économique du continent africain grâce à son pétrole, le Nigéria est aussi le pays qui compte le plus grand nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté au monde.

Le taux de chômage des jeunes y est massif et la crise économique mondiale causée par la pandémie de coronavirus n’a pas aidé. Le pays prévoit de revenir en récession pour la deuxième fois depuis 2016.

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